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Vaquejades
Mato
Grosso
Ronald
Biggs
Quarter
horses
Animaux
C’est au Centre du Brésil dans le Mato Grosso, que l’on a des chances de rencontrer les dernières grandes transhumances terrestres.

Leurs chiffres donnent le vertige. Certaines boyadas (troupeaux) sont constituées de plus de mille têtes de bétail accompagnées par 6 ou 7 vaqueros (garçons vachers) qui, à raison de 25 km quotidien, vont parcourir plus de 2500 km.
Ma première boyade, je l’ai croisé lors d’un séjour dans le Mato Grosso du Nord. La contrée est pour le moins inhospitalière, des terres arides brûlées par le soleil, clairsemées de marécages infestés de caïmans et de piranhas, sans oublier les Xavantes, indiens peu accortes envers l’étranger de passage et qui sont prêts à en découdre pour un oui ou pour un non.
Nous roulons sur une piste de latérite, entre Goyana (Etat de Goyas) et le village de pionniers d'Agua Boa, lorsqu’un nuage de poussière se profile sur l’horizon. D’après mon accompagnateur, nous allons croiser un de ces troupeaux de zébu avec leurs vaquéros. Effectivement, quelques instants plus tard, nous distinguons les robes beige clair des vaches et quelques cavaliers. En tête du troupeau, un homme avance sur sa charrette traînée par une mule. C’est le cuisiner et sa roulante. Chargé de préparer le repas du soir et le parcage des bêtes pour la nuit, il a pris un peu d’avance. Sa carriole croule sous un matériel hétéroclite d’ustensiles de cuisine éculés, recouverts d’immenses rouleaux de grillage.
Cette boyada, aux dires de mon mentor, n’est pas gigantesque. Pas plus de 600 ou 700 têtes. Pourtant, le spectacle est impressionnant. Les hommes semblent sortis tout droit d’un film de Sergio Leone. Coiffés de leurs " chapeu de coco ", le couvre-chef typique du Nord-Est, ils affublent des barbes de plusieurs semaines. Les visages encadrent des sourires sympathiques quelques peu édentés et leurs seules richesses se résument à des boucles de ceinturon et des bracelets d’argent finement ouvragés qu’ils arborent avec fierté. Ämes sensibles, passez votre chemin. Les éperons qui garnissent leurs chaussures sont d’une taille tellement impressionnante, que l’on a envie d’en toucher deux mots à la S.P.A., rien qu'en imaginant les dégâts qu’ils doivent occasionner aux flancs de leurs montures. Je m’aperçois avec stupeur qu’ils ne chevauchent pas des quarter horse ou des indio-nordestine, mais de vulgaires mules. Ces bêtes rustiques sont évidemment mieux adaptées pour effectuer les distances aussi importantes à couvrir sous des températures extrêmes.
Pour rassembler le troupeau, les hommes soufflent dans des trompes étonnantes. Chaque vaquéros fabrique son propre instrument dans la corne emberlificotée du zébu. Le son, ressemblant à s’y méprendre au meuglement des vaches, est d’une grande efficacité.
Lorsqu'ils doivent traverser à gué un "rio" infesté de piranha, les vaquéros prélèvent et sacrifient une bête malade pour faire passer le reste du troupeau. S'ils ne prenaient pas cette précaution, les vaches ne seraient pas littéralement dévorées, comme le croit la tendance populaire, mais les piranhas, très friands de la tendre chair des mamelles, occasionneraient des blessures mortelles à court terme.
Lorsqu'un animal est souffrant, les vaqueros peuvent le laisser dans une ferme de passage. La bête sera soignée et nourrit et lorsque le propriétaire repassera dans le coin, il pourra la récupérer sans problème. C'est ça la solidarité des pionniers.
Les boyadas parcourent de grands espaces parce que le pays est gigantesque et que les éleveurs ne trouvent pas forcément à la porte de leur ranch l’acheteur potentiel. Ils sont souvent obligés de négocier avec des commerçants éloignés et doivent leur livrer les bêtes à plusieurs milliers de kilomètres de distance.
Ces dernières grandes transhumances seront peut-être un jour remplacées par les camions à bestiaux appelés ici gayolas, et ce jour-là, les amoureux d'étendues sauvages et d'authentique, perdront au change à coup sur.