Karin Mundt fait partie de cette tranche de population qui s'est investie dans le -Tout Naturel -. Passionnée de culture biologique, elle crée en 1980 l’association "Terre Vivante" avec son ami Claude Aubert, un ingénieur agronome spécialiste de la promotion des techniques dont le mode de vie respecte l’environnement.
Pendant 14 ans, leur principale occupation sera l'édition d’une revue bimensuelle sur le jardinage biologique - Les Quatre Saisons du Jardinage - Ils produiront en parallèle une grande quantité d’ouvrages pratiques sur les plantes et des livres sur les animaux.
Mais nos deux passionnés veulent aller plus loin. En 1994, ils achètent un domaine de plusieurs hectares à Mens près de Grenoble et créent un pôle d'information biologique le “CENTRETERRE VIVANTE”. Dans cette magnifique région du Vercors traversée par les gorges du Drac, ils veulent y faire découvrir aux visiteurs les nombreuses applications de l’écologie à la vie moderne.
La première vision qui s’offre en arrivant au Centre est multicolore. Une prairie de fleurs sauvages, où se mêlent harmonieusement iris, sauge sauvage, orchidées bourdon et coquelicots, avec un faux-semblant de "laisser à l'abandon". Un leurre, car les fleurs ont été judicieusement semées pour donner l'apparence sauvage des jardins anglais.
Plus bas, aux abords de la rivière, poussent les prêles. Ces plantes très anciennes furent la nourriture préférée des dinosaures et actuellement certaines de leurs variétés entrent dans la composition de médicaments homéopathiques.
Karin a voulu présenter un jardin modèle de 90m2, pour prouver qu'une minuscule surface, cultivée intelligemment, peut nourrir en fruits et légumes une famille de quatre personnes sur toute une année. Sur ce lopin de terre, les plantes "compagnes" ont été judicieusement choisies pour associer au mieux les qualités de chaque production. En associant des fraises avec des petits pois et des salades, on arrive à occuper tout l'espace en empêchant l'apparition des "mauvaises herbes". Plus loin, la menthe est mélangée à la bourrache et les fleurs de cardon à la sauge. Le but ? Faciliter l'échange de parfums pour obtenir des fruits et des légumes aux goûts subtils.
Toutes les cultures de fleurs et de légumes sont améliorées par l'apport d’engrais verts naturels, comme la moutarde et la féverole, qui remplacent de manière avantageuse les produits chimiques. Les différentes méthodes de compost sont présentées, pour expliquer l'impact bénéfique qu'elles ont sur les légumes du potager et sur les parterres de fleurs d'ornement.
Sur une autre parcelle du centre, les techniques de paillage montrent leur efficacité en matière d'économies d’arrosage. La paille protége du gel, tout en conservant leur humidité aux plantes.
Karin s’est beaucoup intéressé aux techniques de greffe qui améliorent la production des fruits en exploitant les arbustes environnants. Ici, elle marie un poirier agate sur la base d'une aubépine, là, un abricotier sur la branche d'un prunellier.
La faune locale n’est pas oubliée. Au détour du chemin, un panneau informe sur les diverses espèces animales qui vivent ici. On explique au visiteur pourquoi la couleuvre est indissociable à l’équilibre des espèces lorsqu’elle se régale des petits rongeurs et pourquoi les mares sont indispensables dans un univers biologique où beaucoup d'espèces animales doivent cohabiter en totale harmonie. Les plantes aquatiques comme les joncs, massette et iris, contribuent à renouveler la propreté biologique de l'eau en fixant les nitrates et l'azote et ces mares regorgent d’animaux plus étonnants les uns que les autres. Le crapaud sonneur au ventre jaune tacheté de noir est une espèce de batracien très rare, que l'on ne retrouve pratiquement plus que dans cette région du Vercors. Les visiteurs les plus chanceux auront peut-être l'occasion d'observer une libellule abandonnant sa chrysalide devenue trop étroite pour sa croissance.
Les jardins qui entourent les bâtiments ont été conçus et réalisés par le célèbre paysagiste Gilles Clément. Les quatre éléments qui régissent notre planète, La Terre, le Vent, l'Eau et le Feu, sont symbolisés par matériaux et plantes. Une aire de jeu est réservée aux enfants pour apprendre, parmi une multitude de jeux éducatifs, à reconstituer un tipi indien en bois naturel.
Les créateurs du Centre ont été sensibles à ce que tous les Bâtiments de Terre Vivante soient réalisés avec des matériaux non polluants. Une architecture inspirée fortement des techniques anciennes remontant à l'Egypte, telle cette voûte nubienne en briques de terre crue compressée qui soutient avec élégance la toiture de la salle de restaurant.
Rien n’a été laissé au hasard. La laine de roche pour l’isolation, ou les panneaux solaires pour fournir la presque totalité des besoins en énergie.
La terrasse du restaurant domine le paysage grandiose du Vercors. On y déguste une cuisine végétarienne essentiellement biologique, dont la variété et la finesse n’engendrent ni mélancolie et encore moins tristesse. Farida, la cuisinière, est une artiste. Elle invente des tartes incroyables à base d'ingrédients récoltés dans le grand potager du Centre. Les salades se mêlent de betteraves, oignons et ciboulette, le chou emprunte la subtilité des noix et de l’huile de soja.
Le centre s’implique énormément dans la réhabilitation de plantes oubliées et la préservation de légumes dont les espèces avaient pratiquement disparu. Terre Vivante propose des stages de découverte aux gens intéressés par les cultures naturelles et reçoit chaque année un nombre croissant de visiteurs curieux et passionnés.