Un travail d'équipe à deux cavaliers. Le premier guide la vache vers son compagnon qui doit saisir la queue de l'animal en plein galop et le faire chuter. Époustouflant d'assister à ces captures en fin de journée, au moment où les derniers rayons de soleil transpercent la poussière soulevée par les sabots. Le spectacle est à son apogée et se change en véritable exploit quand l'homme arrive à faire tomber la vache de plus de 300 kg à l'aide d'une seule main.
L'homme est couché sur son cheval, sa main libre entoure l'encolure à laquelle il s'accroche solidement. Leurs jambes tendues dans les étriers, il donne un coup d'éperon dans les flancs pour accélérer son galop. Dans son autre main recouverte de la "luva" il a enroulé la queue de la vache. Si sa main n'était pas protégée par ce gant de cuir surmonté d'un pommeau de selle, elle serait littéralement broyée au moment du choc. En un dixième de seconde, la vache est dépassée par son arrière-train et va mordre la poussière après une culbute spectaculaire.
Ce travail quotidien dans les fazendas du Nord-Est du brésil, au moment des marquages ou des inspections sanitaires, fait également partie du folklore brésilien. Entre décembre et mars, les grandes régions d'élevage organisent des vaquéjades. Ces rodéos, dignes des tournois chevaleresques Moyenâgeux, voient s'affronter hommes et bêtes, dans l'espoir de conquérir le titre de "champion des champions".
La plus fameuse de ces compétitions se déroule à Palmarès, une petite bourgade de l'intérieur du Pernambouc, à quelques kilomètres de Recife. Les prix décernés aux vainqueurs sont fabuleux et attirent les meilleurs cavaliers des états voisins de Sergipe, Bahia, Alagoas et Ceara.
Le favori aujourd'hui s'appelle Gilberto. A trente-deux ans, ce vaquéro peu ordinaire a remporté une grande quantité de trophées et prix dans des vaquéjades. Pourtant, cet homme est très éloigné de l'image classique que l'on se fait du cow-boy traditionnel. Il exerce l'honorable activité d'avocat à Macéio (état du Sergipe), mais la conduite des chevaux reste son passe-temps favori.
Il illustre parfaitement ce paradoxe; les vaquéjades ne sont pas faites pour les vaquéros. En effet, se payer une inscription coûtant 65 00 cruzados, alors qu'on n'en gagne que 50 000 par mois, devient impossible.
Ils ne peuvent évidemment pas non plus réunir les deux à trois millions que représentent l'achat d'un bon cheval et tout l'équipement pour la compétition. Moralité : les seuls qui pourraient avoir un besoin vital des millions offerts au gagnant, ne pourront jamais se mettre sur la liste des concurrents.