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| Perdus dans les brumes d'un petit matin d'automne, les chevaux de Henson apparaissent par petits groupes disséminés sur la lande du Marquenterre. Une cinquantaine d'écuyers postés en haut de la dune observent les deux cents chevaux qu'ils vont devoir réunir. Lorsque les cavaliers se lancent à la poursuite des bêtes, l'ambiance rappelle la Camargue et le Far West réunis. Les sabots soulèvent des gerbes d'eau autour des bêtes qui tentent d'échapper à leurs poursuivants. Peine perdue, car en quelques minutes ces chevaux sauvages se retrouvent encerclés par les cavaliers qui vont les diriger vers la mer. Du promontoire d'un blockhaus, surplombant la plage à plus de cinquante mètre de hauteur, les observateurs assistent à une scène magnifique. Oeuvre d'artiste ; les robes des chevaux aux couleurs beige clair allant vers le marron foncé, se fondent dans les tonalités des flaques d'eau bleu acier. Le tableau met à sa touche finale, un sable blanc étincelant parsemé de touffes d'oyats jaune vert. Arrivés au Centre Équestre, les chevaux participent à la fête. Toute la journée, des démonstrations équestres et des jeux sont organisés, pour se terminer par l'élection du plus beau poulain et de la plus belle pouliche de l'année. L'idée du cheval Henson est venue au docteur Lionel Berquin en 1975. Vétérinaire passionné de chevaux, il se lance dans la création d'une nouvelle race ayant les qualités du poney et du cheval. Le croisement de fjord norvégien et de selle français donnera sept ans plus tard le premier véritable Henson. Il se caractérise par une couleur de robe marquée d'une longue strie noire sur l'échine. Cet animal rustique au caractère sociable est endurant, maniable et rapide ; il possède toutes les qualités requises pour l'équitation d'extérieur. Aujourd'hui, 1200 sujets sont recensés, dont 200 sur le site du Parc de Marquenterre, devenu le berceau de la race. L'histoire de ce Parc est une véritable saga familiale. Henri Janson, un industriel parisien, achète en 1923 dix mille hectares de sable au domaine public. Cest presque un désert, le lieu nabrite pratiquement que des lapins et des canards sauvages ; il est le royaume des chasseurs. Quinze ans plus tard, Michel, le petit-fils d'Henri, s'installe définitivement dans le domaine pour cultiver des bulbes de jacinthes et de tulipes. Il construit un polder (1) le long du littoral et plante des pins "laricio" pour retenir les sables afin de récupérer des terres inexploitées. Le paysage est complètement transformé. Depuis toujours le littoral est un carrefour de migrations admirablement situé. A mi-chemin entre les pays d'Europe du Nord, où les oiseaux nichent et ceux d'Europe du Sud ou d'Afrique, où les oiseaux passent l'hiver, le parc devient une halte appréciée par tous les grands voyageurs. En 1960, l'activité horticole ayant subit une rude concurrence internationale, il faut songer à une nouvelle orientation économique. Comme les migrateurs fréquentent de plus en plus le site, Michel, aidé de son frère Laurent, décide de créer le parc ornithologique. Plusieurs postes dobservation sont construits pour que les visiteurs puissent admirer les oiseaux sans les déranger. Selon le moment ou la saison, on peut surprendre dans le ciel les évolutions de cigognes ou de hérons cendrés, les plongées en apnée des fuligules milouins, ou le vol majestueux de la spatule blanche. Cet animal très rare, qui se caractérise par un long bec en forme de louche, recommence à fréquenter le parc. Aigrettes garzettes, tadornes de belon, oies cendrées, sont quelques-uns des habitués des lieux, parmi les 300 espèces que l'on peut rencontrer au fil de leurs migrations. Le domaine propose toutes les activités d'un hôtel club, avec la possibilité à la nuit tombée, de partir par petits groupes accompagnés dun guide, à la rencontre de la faune sauvage. Sanglier, chevreuils et écureuils font la fête, cest le moment idéal pour les observer dans leurs activités nocturnes. Le domaine sappelle depuis peu Marcanterra, pour ne pas être confondu avec la réserve naturelle de la baie de Somme. Ses activités se sont multipliées au fil des ans. Exploitation forestière, culture de plantes sauvages et despèces destinées au lagunage pour le traitement naturel des eaux, résidence hôtelière et Centre équestre Henson. Ce dernier propose de découvrir, à cheval avec un guide nature, le parc ornithologique du Marquenterre et la Baie de Somme. Nul n'a besoin de savoir monter pour se balader sur un Henson, même les enfants débutants sont acceptés, à conditions qu'ils mesurent plus d'un mètre trente. Ces chevaux sont vraiment les plus doux au monde. (1) digue isolant les terres en dessous du niveau de la mer. Reportage texte et photos : Christian Voulgaropoulos
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