VESTIGES DE LA GUERRE DU PACIFIQUE
Papouasie Nouvelle Guinée
Mégadolyne de Minyé
Rituel Duk-Duk
Il y à 50 ans, le Japon et les USA s'affrontèrent dans une Guerre au nom peu destiné, qui se termina par des centaines de milliers de victimes civiles et militaires.

De nombreux vestiges témoignent encore des violents combats qui se déroulèrent. dans la Mer de Corail.
Harnaché de son costume de plongée, alourdi des bouteilles d'air comprimé, l'homme nage entre deux eaux. Il s'éloigne du bateau d'accompagnement; direction plein Est. Un regard sur la boussole, fixée à son poignet, lui indique un léger changement de cap, qu'il doit effectuer en appuyant plus fort sur la palme droite. Calcul impeccable puisque, à peine à cent cinquante mètres de son point de départ, il tombe pile sur le corps mort repérant l'épave. Une pause de quelques secondes, afin de se remettre en tête les indications que lui a fourni le boss du Wrecks Scuba Diving: - plongée à moins 25 mètres; 30 minutes au fond; un palier de 5 minutes à 12 mètres; un second de 2 minutes à 9 mètres et le dernier d'une minute à 3 mètres de la surface pour assurer sa sécurité. L'homme effectue un Plongeon en canard, le long du cordage accroché au corps mort et entame sa descente dans la lueur blafarde des eaux bleutées. Peu à peu une forme foncée se dessine sur le fond de sable coralien.

UN BIPLAN PAR 22m DE FOND

D'abord l'aile droite, légèrement inclinée vers la surface, commence à se distinguer. Elle est pratiquement intacte, dans son á enchevètrement de haubans qui lui donne l'aspect d'un insecte oblongue pris dans sa toile d'araignée. Viennent ensuite dans le champs de netteté du plongeur, le cockpit, l'autre aile et enfin, lorsqu'apparaissent les deux flotteurs de l'hydravion, il peut contempler l'appareil dans sa totalité: c'est un avion de reconnaissance japonais, un Mitsubishi biplan qui a coulé ici, dans la baie de Rabaul, aprés avoir été abattu par un chasseur américain.
L'appareil, en aluminium, comme la plupart de la flotte aérienne nipponne, est pratiquement intact. Aprés une cinquantaine d'années passées, au milieu de la flore et de la faune trés prolixe de ces mers chaudes, les coraux et les algues, prolifèrant tout autour, ne sont pas arrivées à le phagociter. Pareil pour tout ce qui est en caoutchouc: roues, systèmes de suspension, diurites, aucun poisson n'arrive à se régaler de ces produits manufacturés, ceux ci sont toujours en parfait état.Notre plongeur n'arrète pas de s'émerveiller devant ce témoin d'une des plus tragiques batailles du Pacifique. Il imagine les derniers instants vécus par le pilote aprés que son avion ait été touché d'une balle bien placée dans l'empenage arrière, par le chasseur américain.L'appareil ne répond plus aux commandes et entame une descente vertigineuse vers la mer. En une fraction de seconde, tout y passe: les requins juste en dessous, sa famille qu'il ne reverra plus et ses années d'enfance qui défilent à la vitesse de la lumière dans sa mémoire... Le choc; puis plus rien! Un trou noir de quelques cinquante ans et notre plongeur reste ébahi devant ce témoin d'un drâme épouvantable, qui repose maintenant dans la tranquillité des fonds coraliens de la baie de Rabaul.

UNE TÊTE DE PONT VERS L'AUSTRALIE

Le port de Rabaul est admirablement situé dans une baie de la Nouvelle Bretagne, une île rattachée à la Nouvelle Guinée Papouasie. Il a été, durant la Deuxième Guerre Mondiale, la principale base japonaise dans le Pacifique Sud. Plus de cent mille hommes y séjournèrent en permanence et 500 kilomètres de tunnels furent creusés dans le tuf volcanique afin de les protéger des attaques alliées. Une tête de pont qui devait leur permettre d'envahir l'Australie, mais les américains s'en occupèrent en y faisant pleuvoir des tonnes de bombes pour l'anéantir. Cette région paradisiaque fut le cadre de combats acharnés, comptant parmi les plus atroces de cette guerre. Plus de 60 vaisseaux japonais et de nombreux avions furent coulés lors de ces hostilités et reposent encore aujourd'hui au fond de la Caldeira de Rabaul.Au début de ces offensives, en janvier 1942, les civils sont évacués de Rabaul par les australiens. Ce même mois, les premières bombes japonaises tombent sur Rabaul. En quelques jours les japonais occupent la place et déciment le petit contingent de 700 soldats qui défendait la place.Aprés leurs défaites de Milne Bay, Buna et Guadalcanal, les japonais établissent à Rabaul une véritable forteresse inviolable. Ils creusent le réseau des tunnels dans les collines autour de la ville, des galeries reliant les arsenaux et les hopitaux, directement à la mer. Au plus fort de la guerre, 97 000 soldats stationnaient à Rabaul et pour les distraire 800 prostituées coréennes ou japonaises s'y étaient installées. De 1942 à 1945, au moins 20 000 tonnes de bombes tombèrent sur la Péninsule Gazelle. Aprés les défaites d'Hiroshima et Guadalcanal les japonais capitulèrent et la ville de Rabaul fut rasée. Il fallut deux ans pour en évacuer toutes les troupes
Dans une énorme excavation, distante de quelques dizaines de mètres de la baie, six barges de débarquement japonaises sont toujours là. Découpées par la rouille, certaines cheminées laissent encore deviner des idéogrammes nippons. Difficile de progresser sur ces immenses plaques de tôle qui grincent et menacent de se désintégrer sous le poids du corps. Dans la cabine de pilotage d'une des barges, la roue est encore à sa place, un marin japonais pourrait encores'y installer et conduire le bâtiment vers un quelconque objectif. Dans les hauteurs de Submarine-base, de nombreux tunnels sont encore marqués du passage de leurs habitants. Au plafond d'un de ses abris, on peut encore voir des pages de journaux japonais remplis d'articles et de publicités. Elles ont été vraisemblablement collées par un nippon nostalgique, passionné d'information.

RENCONTRES SURRÉALISTES

Dans la plupart des tunnels donnant sur la mer on peut voir les meutrières qui permettaient de contrôler la totalité de la base sous-marine. A un kilomètre à peine de Submarine base, aprés une bonne heure de marche dans la jungle, on découvre une D.C.A. enfouie sous la végétation vorace. Ses deux canons rouillés sont toujours aussi menaçant. La tourelle fonctionne encore et se déplace parfaitement sur 180¯. Tout Prés de l'aéroport de Rabaul, les restes d'avions japonais émergent d'une clairière en pleine forêt de cocotiers. Certains appareils sont pratiquement intacts, comme ce bombardier semblant surgir du sol, prét à s'envoler pour une mission. Lorsque les chasseurs américains essayaient de repérer les avions japonais au sol, ils avaient d'immenses difficultés, car ceux-ci étaient enfouis dans d'énormes trous recouverts de mottes de terre. La végétation ayant repoussé, leur repérage devenait impossible, même par des vols de reconnaissance à basse altitude. Dans le périmètre, autour de l'aéroport, on peut faire une rencontre surréaliste.
Un coffre fort japonais git, abandonné dans un fourré. Sa porte fermée, pourrait faire envisager un hypothétique trésor, mais ce n'est pas la peine d'en forcer la serrure car il n'y à plus rien à l'intèrieur; un papou, plus curieux que les autres, a du avoir la même idée.....En 1946, L'ONU confirma la tutelle australienne sur la Nouvelle Guinée Papouasie, mais le 16 septembre 1975 elle accédait enfin à son indépendance. Aujourd'hui, bon nombre de touristes du monde entier, passionnés de plongée sous-marine, viennent à Rabaul faire une virée dans le passé, en incluant la visite des vestiges enfouis dans leur linceul, sous la Mer de Corail.