DES TATOUEURS PAS TRÈS PACIFIQUES …

Les plus beaux tatouages du Pacifique sont réalisés aux Samoa. Mais, âmes sensibles s’abstenir. Ici, il faut souffrir pour être beau.

L’homme est nu, étendu sur une natte de paille tressée, il va souffrir pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, pour arborer les tatouages sacrés de la tradition samoane. Le falé sur pilotis est en pleine effervescence ce soir.

Quatre jeunes polynésiens, de 13 à16 ans, sont entre les mains des artistes tatoueurs, qui vont leur faire subir l’épouvantable traitement des peignes d’acier entrant dans la chair, (ils perdront plusieurs litres de sang au cours de ce traitement douloureux et leurs souffrances sont parfois atroces). Malgré le manque total d’anesthésie, les visages ne laissent voir aucun des stigmates de la douleur. Cette douleur fait partie de l’initiation traditionnelle, un stoïcisme qui permet de s’affirmer dans la hiérarchie polynésienne.

Le choix des motifs est toujours d’ordre géométrique et vient s’imprimer sur les bras et le bas du corps. Mêmes les femmes s’ornementent de cette manière traditionnelle qui leur confère l’admiration et le respect du reste de la famille. Le tatoueur ne peut visualiser l’évolution de son travail qu’à la fin de chaque tracé de ligne, car le sang mêlé de suie, sort des plaies en un magma impénétrable. Selon la figure géométrique qu’il désire exécuter, il choisit l’instrument en rapport de la taille du motif. La main droite tient le manche du peigne trempé dans un mélange de suie et d’eau, tandis que la gauche frappe dessus, à l’aide d’un minuscule marteau. Après chaque passage, l’artiste nettoie sommairement la peau avec de l’eau de mer, procédé bien spartiate mais antiseptique. Le dessin épouse les mouvements plastiques du corps et des lignes parfaites apparaissent alors.

Comme dans tout le Pacifique, l’influence des missionnaires est grande. Un Français, le père Joseph Allais, vit aux Samoa depuis quarante ans. Il ne tarit pas d’éloges sur ses paroissiens. Pendant toutes ses années de mission, il a amassé une somme inouïe de connaissances sur le Pacifique. Sa bibliothèque renferme plus de deux mille livres consacrés à cette seule région ; un incollable sur l’histoire des Samoa et ses traditions restées très vives.

Les samoans sont fiers de leurs tatouages. Ils disent avec raison, qu’ils sont les plus beaux du monde. C’est un embellissement du corps et une preuve de courage, un uniforme nécessaire dans la vie sociale. Un uniforme d’autant plus visible que les danses funéraires, auxquelles participaient autrefois les hommes et les femmes de l’île, se pratiquaient dans la nudité la plus complète. Le résultat, dit le père en souriant, « plein de petits samoans, dont la venue compensait les énormes pertes provoquées par les guerres entre tribus ! ».