Le Collège Royal de Stéphane Bern.

En 2013, Stéphane Bern a un immense coup de cœur pour le Collège Royal de Thiron-Gardais. Les bâtiments tombent en ruine et il y à urgence. Il décide donc de l’acquérir et d’y consacrer toute son énergie ainsi que d’importants moyens financiers pour sortir le lieu d’une fin annoncée.
Aujourd’hui, après de longues années de travaux et d’aménagement, le Musée et les jardins recréés par le célèbre paysagiste Louis Benech sont ouverts au public.

L’abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron date du XIIème siècle. Elle a été fondé par un ermite religieux, Saint-Bernard de Ponthieux qui décide de construire l’abbatiale sur la paroisse de Gardais où coule la rivière Tironne. C’est un prêtre rigoureux qui suit la règle de Saint-Benoit à la lettre. « Les plaisanteries et les paroles inutiles nous les condamnons partout et pour toujours, nous devons éviter de nous parler, même pour dire des choses bonnes ».
Le père abbé, celui qui dirige le monastère, est un moine élu par ses pairs. Le vote se fait à l’aide de boules blanches et noires. Celui qui reçoit un maximum de boules blanches sera élu et à l’opposé, celui qui ne récolte que des boules noires en est exclus ; d’où l’expression franco-anglaise « blackboulé ».
Soutenue par le roi Louis VI le Gros, l’abbaye prend rapidement une immense notoriété. La crosse de l’abbé de Tiron, exposée dans le musée, témoigne de la puissance et de la richesse de cet ordre monastique à l’époque.
Mais les choses ne durent guère, au fil des générations les prêtres rigoureux qui se succèdent, deviennent des prélats bien dodus aimant le bon vin et la bonne chaire. Ils ont une telle réputation que dans le Roman de Renart, l’expression « Gras comme un moine de Tiron » est citée. Une partie de pêche dans l’étang gelé, la vie dans un monastère, toutes ces scènes rapportées dans le roman de Renart se passent à Tiron.
Au milieu du Moyen-Âge, la scission entre le pouvoir spirituel et la royauté change la donne. Ce n’est plus un moine qui dirige le monastère et c’est le roi qui le choisit parmi ses courtisans.
Certains s’intéressent à la vie de l’abbaye, d’autres s’en fichent éperdument, se contentant d’encaisser les dividendes octroyées. La vie du monastère devient compliquée et la paisible abbaye ne vivra pas longtemps cette situation, car la Guerre de cent ans et les guerres de religion vont arriver avec leur cortège d’incendies, et de pillages. Le monastère est sur son déclin, puis s’étiole peu à peu.
Heureusement, Henri de Bourbon Verneuil, fils d’Henri IV et d’Henriette d’Entragues, va redorer le blason du monastère. A 11 ans, son papa le nomme évêque de Metz, commandataire de Saint-Germain des Prés et de Thiron et il va bouleverser la vie des lieux. Il fait une sorte d’audit de la situation économique et spirituelle du monastère. Sa conclusion est sans appel, le problème de Thiron, ce sont les moines. Pour améliorer la situation, Henri décide de permuter la cohorte de prélat paresseux par des moines de la Communauté de Saint-Maur. Ces bénédictions sont des intellectuels alors que leurs prédécesseurs étaient plutôt orientés vers les travaux agricoles et l’élevage. Henri de Bourbon décide d’exploiter les bâtiments disponibles pour les transformer en salles d’études et il propose aux moines savants de devenir enseignants. Une nouvelle école était née.
Nous sommes en 1630. Le Collège n’est pas encore un collège royal, mais on y enseigne toutes les matières, les belles lettres, la littérature, l’arithmétique, l’Histoire, la Géographie et même l’escrime. Il y a une spécificité intéressante à Thiron, c’est l’enseignement de la botanique. Nous sommes à l’époque ou Sully, n’a qu’une phrase en bouche « Labourage et pâturage, sont les deux mamelles de la France ». A Thiron, pour suivre les préceptes du Ministre Sully, une partie du terrain est dédiée au potager, le reste est divisé en autant de carré qu’il y a d’élèves dans l’école. Chacun peut ainsi s’occuper de son lopin de terre, greffer ses plantes, les cultiver ou bien nourrir des animaux de basse-cour dont il a la charge. En fait, un collège agricole avant l’heure.
La plupart des élèves faisaient partie de la noblesse, mais pas de la noblesse parisienne, plutôt de celle de province. Pour des parents qui devaient savoir parfaitement gérer une exploitation agricole, l’enseignement des choses de la nature était d’une grande utilité pour ces enfants futurs héritiers de leurs terres .
Comme les enseignants sont des moines, on cale les études en fonction des heures de prière et ainsi l ne reste plus beaucoup de temps libre aux enfants pour se détendre en dehors de cours. Les élèves, qui ont entre 11 et 15 ans, doivent pouvoir compter sur les moyens financiers de leurs parents car les études ici coûtent cher.
Pour s’en faire une idée, à ce moment là, le salaire moyen d’un ouvrier est de 150 livres par an, alors que pour un mois de collège, la pension simple logé et blanchi, est fixée à 250 livres . On vous brosse le chapeau et on vous cire les chaussures en plus, si vous payez 380 livres. Avec 450 livre mensuel, c’est le nec plus ultra, vous pouvez compter sur la possibilité de voir un médecin en cas de maladie. La mutuelle avant l’heure !
Il faudra attendre 1776 pour que le Collège devienne royal, sous l’impulsion de Louis XVI. Le monarque décide de rajouter l’enseignement militaire dans l’établissement et confie la gestion du lieu au Comte de Saint-Germain.
Ce seront les grandes heures du Collège Royal, mais elles ne dureront que jusqu’à la révolution. A partir de là, l’ensemble sera fermé, les moines éjectés et le Bien National vendra les lieux à un quidam nanti. Celui-ci n’aura pas beaucoup de choix, soit transformer le lieu en site industriel ou bien le détruire en l’utilisant comme carrière de pierre. Pourquoi ? Parce qu’il ne fallait surtout pas que les moines puissent revenir et réinvestir les lieux.

En 1930, un des derniers propriétaires du Collège, fut André Guillaumin. Directeur du Muséum national d’Histoire Naturelle de Paris, il planta des essences typiques de la fin du XIXème siècle dont on peut encore admirer un splendide Ginkgo biloba et un séquoia géant. Après plusieurs successions d’héritiers, le Conseil départemental acheta le collège qui tombait pratiquement en ruine et enfin en 2013, Stéphane Bern devenait le dernier propriétaire et s’engageait à le remettre complètement en état.

Maître Ouvrier

Pour restaurer les structures du toit, Stéphane a fait appel à un des Maitres dans le domaine, Cédric Roth-MeyerAprès une reconversion tardive dans la charpente à l’âge de 25 ans, le futur sauveur de patrimoine passe trois ans chez les compagnons du Devoir et fait son « Tour de France ». Il enchaîne une formation complémentaire en charpente de marine (c’était une passion d’enfance), puis  il passe plusieurs années dans les métiers du bois. Il travaille comme ouvrier charpentier sur la restauration des beffrois de Notre Dame de PARIS (mais c’était avant l’incendie). Ensuite, les chantiers prestigieux se succèdent, Versailles, les Invalides à Paris, et enfin Thiron-Gardais. Il y travaillera,  pendant 9 mois en permanence sur le chantier, avec plusieurs compagnons.

Un travail d’orfèvre

La principale des difficultés a été de trouver la bonne méthode. C’était une charpente complètement effondrée et l’idée était de  conserver un maximum d’éléments en essayant de comprendre comment elle s’était effondrée et comment la ramener à sa position d’origine. Elle s’était détériorée d’elle-même, il fallait donc que l’on retrouve une cinématique idéale pour la remettre dans sa position initiale tout en comprenant pourquoi et comment  les bois s’étaient déformés. Ensuite, les pièces ont été placées de telle sorte qu’elles devaient prendre naturellement la position qu’on leur avait attribuée, une méthode qui a fait ses preuves tout au long des siècles passés. Dans ce genre de restauration, les charpentiers utilisent presque exclusivement du chêne. Des bois qui ont un degré d’hygrométrie correct, donc entre 5 et 10 ans pour les grosses sections, car  il sèche un peu en place et s’adapte ensuite parfaitement. Contrairement à ce que l’on pense généralement, les bois que l’on mettait dans les charpentes, comme celle de Notre Dame de Paris par exemple, n’étaient pas des bois secs. Ils avaient  juste 4 à 5 ans, étaient ressuyés puis travaillés. On utilisait que très rarement  des bois ayant plus de 10 ou 20 ans, ils auraient été trop difficiles à tailler. 

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